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Date de création : 15.01.2009
Dernière mise à jour : 07.08.2009
65 articles


Ma Teranga

Publié le 07/08/2009 à 13:08 par fannydanslabrousse
Ma Teranga

 

La Teranga sénégalaise, expression wolof qui désigne « l'art de vivre à la sénégalaise », ou plutôt la chaleur de l'accueil sénégalais.

Effectivement, l'accueil est chaleureux, mais au début, on trouve que cela sonne un peu faux des fois... De ce côté là, le sénégalais me ferrait penser au périgourdin, un être accueillant, mais quand même méfiant, sur la réserve.

 

Sauf, qu'il n'existe pas un sénégalais, il existe des sénégalais, des sénégalaises, et même des Sénégal...

 

Effectivement, accueillie comme une reine depuis le début, la Teranga est bien là. Mais peut-être que c'est maintenant que je la ressent au plus fort. Les gens avec qui j'ai passé tant de temps, il faut à présent les quitter, je crois qu'ils ont du mal à s'y résigner. Alors, je me retrouve inondée de cadeaux et de déclaration d'amitié.

 

Y'a trois jours, je suis allée dire au revoir à mes soudeurs adorés, ils étaient là, ces petits mecs, tous penauds... me remerciant mille fois de les avoir écouté, la plus belle déclaration d'amour « Fanny, on était au fond du trou, tu nous a lancé une corde, on ne te remerciera jamais assez »... Snif, snif, alors, que j'ai la sensation d'avoir fait si peu, comme quoi, en fait, je leur ai juste dit qu'ils étaient capables, et je crois que peut être c'est ça la clef, réussir à faire prendre conscience aux individus qu'ils peuvent changer collectivement leur destinée, que la volonté, le courage, la confiance en soi, ça se cultive bon sang! Et du coup, ils m'offrent une tenue sénégalaise jaune très pétante, « parce que Fanny, tu va revenir, on voulait t'offrir un mari, mais bon... »

 

Adiaratou, mon amie qui m'offre aussi une tenue... en fait, les gens ont été tellement flatté que je m'habille à la sénégalaise, que j'apprécie leurs vêtements que tout le monde m'en offre, « pour que tu t'habilles comme ça en France », tu peux toujours expliquer qu'il n'y a que deux mois de soleil!

 

Et oui, je crois que c'est vraiment ça la Téranga, des gens qui t'accueillent, mais surtout, qui avec un peu de temps, de naturel et beaucoup d'amour t'adoptent carrément, avec tes différences, certes, mais t'adoptent et t'aiment, simplement. Et que c'est bon, que c'est sincère, que c'est vrai... Pas peur de dire que ce qu'on a vécu quand même c'est fort, et qu'on va se manquer...

 

Alors, voilà, peut être que ma Teranga elle est pas hyper conforme à la définition, en tous les cas, elle est bien là, comme cette faculté d'aimer l'autre, avec un peu de temps et beaucoup de spontanéité. Ces gens qui attendent tant du blanc qu'il leur donne de l'argent, je leur ai juste donné du temps, et finalement, j'ai l'impression qu'ils ont trouvé ça plus précieux...

 

Je suis vraiment émue de tous les témoignages d'affection que j'ai eu depuis ces 15 derniers jours, et depuis le début d'ailleurs, parce qu'ils sont vrais et simples... Petite victoire, grands bonheurs, d'avoir réussi à avoir un autre nom que « la toubab », des fois du moins. Truc drôle aussi, les gens qui me connaissent bien, avec qui l'échange est fort, ne veulent pas admettre que je suis une toubab « toi fanny, t'es pas une vraie toubab! », comme si c'était impossible d'avoir une relation forte avec des gens aussi différents que « les toubabs », drôle, très drôle... Le plus beau compliment étant bien-sûr « Tu es une sénégalaise toi! »

 

Ah, ben, vous voyez, mon ego est toujours autant sur-dimensionné, et mon dernier post (peut-être) aura eu pour vocation de vous montrer à quel point je suis « une fille cool », « qui s'intègre grave » et surtout « qui kiffe les guillemets »!!!

 

Enfin, tellement sensible que j'ai pas réussi à décoller de Tamba, je me suis octroyée une semaine de glandouille, d'aurevoirs, de deuil en quelque sorte, sacrifiant au passage mes vacances au bord de la mer... Parce que je pouvais pas partir, juste ça, pas envie d'être speed sous couvert « d'en profiter à fond », le tempo qu'allait pas, alors, peinarde, à la maison, je laisse couler les heures, et ça me fait du bien, je pars apaisée et non plus déchirée...

 

Encore une fois, merci à tous ; Aliou, Ben, Agathe, Ngouda, Babacar, la maman, Adia, Fatima, Fatou, Diack, Mori, Lamine, Fili, Boubacar et Souleymane, Mbalo, Cissé, Hawa D., Hawa B., Arona, Sow, Abidine, Boubacar K., Aminata, Oumy, Khadi, Taco, Ibou, Cissé, Médoune, Guindo, Rama, Amdiatou, Yoro.... et tous les autres, sans oublier Fanny Diallo, qui a 3 semaines aujourd'hui!

 

Je vais avoir votre nostalgie les gens, mais je reviendrai Incha Allah!

 




Avant de partir...

Publié le 31/07/2009 à 11:20 par fannydanslabrousse
Avant de partir...

 

Départ... Oui, mais surtout retour...

Envie de voir les visages des siens et en même temps, dur, trop dur, dur de partir, dur de quitter...

 

La différence entre le voyage et les vacances est précisément celle là... Je ne suis venue rien « voir », je suis venue vivre. Alors, j'ai vécu, ici. Cet univers est petit à petit devenu le mien, la banalité du quotidien s'est insinuée petit à petit, s'est incrustée dans chacun de mes pores... Sensation étrange que ma vie est là. Mais pourquoi faut-il que sa vie soit-elle quelque part? Cons d'humains qui ont besoin de lieux pour se sentir être. Alors, oui, ma vie est aujourd'hui ici, sachant qu'une partie de moi est ailleurs.

 

Il reste un peu de temps, trop peu de temps, les jours s'égrènent et je repasse déjà le film des souvenirs, c'est pas ça que je suis venue chercher, des souvenirs, c'est pourtant ce que je ramène, dans un coin de ma tête, dans un morceau de mon coeur.

 

Terminer un voyage, c'est terminer un cycle, sauf que l'on connaît à l'avance la date de la fin. Sensation étrange d'une histoire d'amour dont on sait la mort programmée, la rupture est inévitable, elle est là, tout prêt... Déchirure, qui fait que l'autre vous manque, l'odeur, la présence, sauf que peut être un amour ne peut jamais vous envelopper aussi totalement qu'un pays... Ce fut une belle histoire d'amour, je pars sans regrets... Et quand on sait que la fin est là, à quoi bon continuer... On se quitte pas fachés, en même temps, ce pays va continuer son bout de chemin, je n'aurais pas perturbé son quotidien, alors qu'il aura changé quelque chose en moi. Histoire d'amour raisonnable, qui commence pas par un coup de foudre, mais par une rencontre où chacun apprivoise l'autre, se regarde en étranger avant de se dompter, de s'aimer et de finalement devenir la vie même... Pourtant, je suis pas encore lassée du quotidien...Peut être ça qu'est lourd, se dire que je pars pas parce que je suis plus amoureuse... Inassouvies nos vies...J'arrête là les analogies...

 

Partir à l'instant où la vie ici est devenue si douce, où la rudesse du début s'est envolée, où l'on ne jette plus un regard sur celui qui prie, où les enfants du quartier me voit en criant fièrement « fanny! », au moment le meilleur, et peut être aussi avant que je sois lassée...

 

Les odeurs qu'on ne sentira plus, les visages que l'on ne verra plus, les regards que l'on ne croisera plus, la langue qu'on n'entendra plus... peut être aussi que le noir va me manquer... et peut être que rien ne va me manquer, mais au moment où l'on songe à faire sa valise, remettre sa vie en paquet pour poursuivre la route ailleurs, le coeur gros, l'âme lourde, ça fait drôle.

 

Quoi garder? Les fissures dans les certitudes, les rires qui font grandir, les regards qui sont trop bavards... tout ça, dans le fond de ma valise, elle est trop lourde à présent, mais j'ai plus que jamais l'énergie de la porter, parce que peut être que c'est ça que j'emporte, quelques centimètres de plus qui font avancer un peu plus vite que prévu sur la longue route de la vie.

 

Trêve de lacrimalité, il pleut, j'écoute du James Brown...Y'a des trucs qui sont vraiment bons peut importe où l'on est sur cette p'tite planète.

 

Mmmmm..... savourer les derniers instants sans se dire que c'est la fin, mais le début d'autre chose, facile à dire, plus difficile à faire, le temps qui court, qui nous attrape, ne nous lâche jamais, enfoiré, même quand on croit le posséder, ici, où il ne file pas comme ailleurs, il vous bouffe, pas un répit, même pas une trêve... apnée permanente... aller, je replonge une dernière fois, et après, promis, je sors... et je vous rejoins sur la plage!

Omo lave plus blanc que blanc...

Publié le 27/07/2009 à 11:19 par fannydanslabrousse

 

Être blanc, être noir... Couleur? Concept?

 

La peau, l'enveloppe qui est pas de la même couleur... Mais surtout le morceau de planète sur lequel t'apprends à marcher qu'est pas le même... Jamais je ne m'étais sentie si pâle et pourtant...

 

Pour les sénégalais que j'ai pu rencontrer, être blanc, ce n'est pas juste avoir la peau blanche et d'ailleurs « toubab » ça veut pas dire blanc, ça veut rien dire d'autre que toubab.

 

L'Europe qui fascine mais l'Occident qui mange les âmes. L'homme blanc, s'il fascine parce qu'il est riche, fascine aussi parce qu'il est « moderne ». Il est perçu comme « libre ». Par libre, il faut entendre libre de toutes contraintes sociales, des tabous, de la morale, de la religion etc.

Être associalisé qui fait tout ce qui lui passe par la tête, retour à l'état de nature ou l'homme erre, pauvre de lui...

Il est parfois difficile d'expliquer que ce n'est pas parce que les églises sont aussi désertes que le Sénégal oriental que nous n'avons pas de « morale »... Propos difficiles à tenir des fois quand on essaye de se détacher de la judéo-chrétienneté que l'on juge aliénante... Et pourtant, je sais bien que je suis bien socialement « née dans un bénitier », et oui, mais pourtant, alors que revendiquer? L'humanisme comme religion de la modernité? Ouf! Heu... je sais pas quand même...

Expliquer que effectivement, je cherche pas des réponses à tout, et qu'effectivement, y'a des choses que je n'explique pas, et pas par Dieu non plus, des points d'interrogations qui restent en l'état, qui anime les jours de pluie et les soirs de solitude, peut être...

 

Par exemple, comment expliquer que ce n'est pas parce que le mariage n'est pas sacro-sacralisé que le couple est encore le fondement de la vie sociale? Et du coup, comment ne pas se retrouver à brandir fièrement l'étendard des « valeurs » morales « traditionnelles » qui font que non, en Europe on est pas que une civilisation de dégénérés et qu'on se respecte les uns les autres, « liberté, égalité, fraternité » qu'ils disaient... Alors... Mince, comment faire? Ça me renvoie à moi-même... sûrement, oui...

 

L'homme blanc, libre...

Et la femme blanche, libre aussi... Mais alors, libre...

Comment faire comprendre aux hommes qu'effectivement, la tâche sur le drap nuptial c'est plus trop d'actualité... mais que c'est pas pour ça qu'on s'envoie en l'air avec la moitié du canton... (et oui, d'ailleurs, pourquoi??), Ou là là...

 

Éternel dilemme pour simplifier... L'homme moderne se retrouve libéré du carcan religieux, s'ouvre à lui la grande quête de lui même... le ET MOI se pose sans cesse, question obsédante... Peu de prescriptions... ET pourtant, pas tant de marge de manoeuvre que ça...

Ben, tiens, va expliquer toi, dans une société où les rôles sociaux sont prescris, que non, tu fais pas ce que tu veux parce que toi, pauvre petite occidentale, tu reçois des pressions sociales sur le travail, ton futur rôle de mère et que non, même en Europe le féminisme a de beaux jours devant lui... Quand t'es une gonzesse venue toute seule en Afrique, avec ton sac à dos, pas marié à 25 ans!!!

Et d'ailleurs, va expliquer que tu veux pas te marier maintenant!!

 

L'Occident est du coup perçu comme un lieu de débauche ou chacun fait ce qu'il veut, hors de toute conscience morale...

L'occident est effectivement en train de finir d'assassiner la civilisation, j'en suis maintenant persuadée... mais il est clair que ce n'est pas pour moi à cause d'une perte des repères religieux, forcement, c'est pas ça... Et oui, le fric a pourri le monde, il est même en train d'acheter l'humanité... Mais que c'est difficile d'entendre que le problème vient du manque d'obéissance lorsque justement on trouve que ce monde est délibérément trop sage... « Soyons désinvoltes! », appeler à la désobéissance sociale... pour aller vers une libération réelle, oui,mais comment faire comprendre cette posture ici, alors même qu'ils pensent qu'on est au sommet de la liberté... C'est difficile, je sais pas si vous me suivez... mais bon, grosso modo, ce que j'essaye de vous dire, c'est que cette question de la liberté, cette fameuse question de la liberté, qu'on voudrait bien qu'elle soit le propre même de l'humanité, parce que c'est bien de penser que l'Humain se retrouve autour de la question de la liberté, c'est jolie... mais est-ce bien vrai?? Bof,j'avoue que je suis sceptique! Non, et puis, alors même que la liberté telle que je la vie, moi, c'est avant tout une lutte contre moi-même...

 

Alors, j'essaye d'assumer que oui, ben oui évidement que je suis toute remplie de morale héritée de ma civilisation, et que y'a aussi des trucs avec lesquels je suis pas d'accord, et que dans tout ça, j'essaye de faire ma soupe, et que oui je suis obligée de me poser la question sur tout pour savoir ce que j'en pense... Je crois qu'ils ont la sensation qu'on m'a donné la vie sans mode d'emploi. Ah tiens, oui, je crois que c'est un peu ça...

 

C'est bien, je crois bien que ce post est presque tout à fait incompréhensible!

Je sens en tous les cas que vous allez le lire et comme vous avez des grandes gueules, vous avez pas fini la provoque philosophico-houblonneuse à mon retour!! et oui, ça fait du bien de parler de concepts existentiels accoudés au comptoir!

 

P'tits mots

Publié le 23/07/2009 à 14:11 par fannydanslabrousse

 

  Le français du Sénégal n'est pas précisément le même que le français de France...

 

Les différences tiennent tantôt à l'utilisation d'un langage très littéraire, tantôt à des traductions littérales du wolof, dans tous les cas, le résultat est souvent rigolo voir même poétique.

 

Il y a plusieurs « types » de drôleries :

  • Celui qui utilise des « gros » mots pour épater la galerie, très visible à la télé, il meuble souvent en ponctuant toutes ses phrases par un « tout à fait, oui », ou un « c'est cela même »... Toujours succulent, encore meilleur s'il ne sait pas prononcer certains sons, comme le g qui devient z...

    « Je suis profondément éberlué de la primauté des mesures courageuses prises par mon confrère qui n'a pas cédé au santaze (chantage) et a su rester humble... tout à fait, oui. »

  • Ceux qui parlent très bien français, mais qui mettent le mot « ki », qui est l'équivalent de notre « truc » à toutes les sauces. Personnage qui peut être très drôle tant on n'arrive plus à le suivre.

    « Nous étions en réunion pour le ki, on discutait du ki et du coup, on a pris une décision sur l'organisation du...ki. Attend, je vais te montrer les documents, passes moi le ki s'il te plait. »

  • Ceux qui confondent les auxiliaires, classique mais toujours succulent avec certains mots

    « Tu es chaud! » à la place de tu as chaud... je reste fan!

     

 

Ensuite, il y a toutes les expressions locales, qui sont soit des traduction littérales soit des dérivés du français, corrects grammaticalement mais que nous n'utilisons pas dans le même sens. Quelques extraits :

 

« J'utilise le téléphone à pied! » : je vais faire une commission à quelqu'un, c'est très peu utilisé, plutôt pour le jeu de mot, mais j'ai trouvé ça très mignon.

 

« J'avais ta nostalgie », traduction littérale du « namon naala » wolof, très très très utilisé, trop mignon, beau poétique, parfait, tout le Sénégal est dans cette phrase

 

« Viens me voir, ton visage me manque », dans la même veine que le précédent, c'est aussi une traduction du wolof, j'aime beaucoup aussi

 

« hier nuit - demain nuit», ex : « Je passerai te visiter aujourd'hui nuit », le découpage du temps est pas le même, on parle de nuit, dés qu'il fait nuit, à la place de notre soir, et on parle de soir pour l'aprés-midi. On remarquera au passage le verbe visiter en mode transitif, c'est utilisé d'autres fois.

 

« La Causerie », très très utilisé aussi, surtout utilisé pas dans un sens argot comme en France, non la causerie correspond à un moment souvent après le dîner, la maman (femme de la maison) s'adresse à moi « reste pour la causerie »

 

« Arrosage », ex : « Je suis invité à un arrosage, est-ce que tu veux m'accompagner? », celle là, quand on me l'a sorti, j'ai pas bien compris, je me voyais déjà avec mon arrosoir à abreuver des salades... C'est une expression dérivée de l'expression « arroser son bac » par exemple, du coup, « je suis invitée à arroser le bac de ma copine » devient « je suis invitée à son arrosage »...

 

« On est ensemble!! » L'expression sénégalaise par excellence, les sénégalais l'emploi à tout va, dans un sens « tu peux compter sur moi », mais tout le temps, genre, tu va saluer quelqu'un, tu pars, il te dit « aller, on est ensemble », ça peut aussi vouloir dire repasse... c'est assez intraduisible en fait.

 

« Quitter » : le verbe quitter s'utilise pour le verbe partir : « tu quittes à quelle heure? »

 

« Tu as le corps chaud » : ça peut faire rire!! ça veut dire, « je crois que t'as de la fièvre »

 

Et alors, celle que l'on vient de me sortir aujourd'hui même; je remettais un dossier à des gens, il y en a un qui me demande si c'est moi qui l'ai rédigé, je lui répond que oui, il s'exclame : « T'as pas fait les bancs en double file toi!! » (faire les bancs, c'est être allé à l'école)

 

Aller, je vous laisse les gens, mais sachez bien que j'ai votre nostalgie, mais que quoi qu'il arrive, on est ensemble! À bientôt Incha Allah!

Baby Boom

Publié le 20/07/2009 à 17:25 par fannydanslabrousse
Baby Boom

 

aller, la p'tite photo pour la carte postale...

(c'est ça, quand on va en Afrique, on revient avec des photos d'enfants... soyons trad'!!)

 

La vie à l'africaine est quand même avant tout une vie dans laquelle on vit « ensemble », alors sans rentrer dans l'angélisme, je me rend compte à quel point, c'est quand même plus « naturel », plus « instinctif » de faire ainsi.

 

Je me faisais la réflexion par rapport à la place de l'enfant...
En effet, dans les villages par exemple, lorsque nous sommes en « réunion » et qu'un enfant vient, il peut assister, sans aucun problème, les adultes s'en occupent tout en continuant leur causerie. Si par contre celui ci commence à être trop bruyant, il est exclut... Il pleure un coup et puis c'est finit!

 

La notion de « propriété parentale » est différente... Si un enfant est pénible, un adulte quel qu'il soit le corrige, ça pose pas de problèmes... c'est quand même beaucoup plus simple, parce que je sais pas mais ça a du vous arrivez d'être avec des mômes hyper chiants et de pouvoir rien dire. Et puis, l'avantage, c'est que ça marche aussi et surtout pour les calins... les enfants vont de genoux en genoux et de bras en bras...

 

Ce que je trouve génial surtout c'est la facilité avec laquelle les gens s'occupent des enfants.

Tout d'abord, les mères, elles sont pas stressées au moindre cri, elles sont sereines, elles allaitent longtemps, elles ne semblent pas « angoissées » à l'idée de malfaire, parce que précisément elles savent comment il faut faire. Tout le monde semble savoir s'y prendre avec les enfants précisément parce que les individus vivent toute leur vie durant avec des enfants, au quotidien...

 

Mais quelle est cette société que nous avons créée où l'on se retrouve parents à 30 ans sans jamais avoir vécu avec des enfants... Forcement qu'on panique... essayer de se rassurer en lisant l'intégrale de Dolto, c'est finalement une réaction plus que normale!!!

 

Ici, non, en fait ça me semble tellement simple...

Les autres enfants s'occupent des plus petits... on vit les uns avec les autres quoi. (les uns avec, pas juste à coté!)

 

Les hommes aussi s'occupent beaucoup des enfants, cela m'a d'ailleurs assez frappé d'une manière générale. C'est à dire que les enfants viennent sur les genoux des pères, du leur ou d'un autre, les hommes s'en occupent au final beaucoup semble-t-il.

 

Par rapport à la fragilité des bébés, là encore, je ne pense pas que le bébé africain soit plus solide que le petit européen... et pourtant, il faut voir les différences dans la manière de les « manipuler ». Attention, ils ne leur font pas mal, loin de là, mais c'est juste qu'on ne pense pas en permanence qu'ils sont en porcelaine... J'avoue que cela peut être surprenant de voir les mères attraper leur progéniture par un bras pour les caler sur leur hanche.

 

Le portage sur le dos, pareil, ils ont l'air tellement bien... maman jardine, il jardine, maman cuisine, il cuisine etc... en plus paraîtrait que c'est bon pour les hanches du bébé parce que ça écarte les jambes. C'est surtout qu'ils sont au chaud, au contact en permanence, pour les bercer, quelques tapotements sous les fesses et c'est parti!!!

 

Enfin, bon, je suis assez admirative de voir à quel point tout cela à l'air simple ici, tout simplement parce que les gens vivent en permanence au contact de bébés, d'enfants etc...

Et c'est vrai que du coup... Je ne peux que nous (sic!!) trouver des fois un peu handicapés... On a tous assistés à ces scènes ubuesques du jeune couple qui vient de se transformer en trio, qui débarque, en retard, le coffre de la voiture rempli de poussette, sac à langer, nourriture spéciale, chaise haute, siège etc... En pleine crise de panique parce qu'ils sont en train de décaler l'heure du biberon!!

je caricature certes, mais mince, y'a un peu de ça... Là, je me rends compte qu'effectivement, nous tous, la génération 80's, qui va être tenté de se reproduire dans les 10 ans à venir (je vous vois grimmacer les poteaux aux hormones en ebulition!!), et ben on est hyper handicapé vis à vis de ça... Et oui, un bébé comment on l'attrape? Comment on le nourrit?? etc etc... et du coup, paradoxalement, on essaye de nous faire croire que tout ça est instinctif, que tu sais toujours t'occuper de TON bébé, et allons y pour une bonne dose de culpabilisation pour celle et celui qui justement ne sait pas, le verdict est clair : Vous n'avez pas l'instinct maternel!! (ou paternel, même si quand même faut bien avouer que ce genre de culpabilisation va plus en directions des mères...) Vlan, ça tombe comme ça... mais non, bordel, c'est peut être juste que tout ça c'est un apprentissage et que vivre sans jamais avoir fréquenté de bébés, d'enfants, que ce soit les frères, les soeurs, les enfants des cousines et des cousins, les nièces, les enfants des potes et des voisins etc... Ben, du coup, on sait plus...

 

Pfffff........ Quelle civilisation de dégénérés...

 

Mara - Bout - Âge

Publié le 19/07/2009 à 12:50 par fannydanslabrousse

 

Il est quelque chose de très important dont je ne vous ais pas encore parlé... et que pourtant toi, ô fidèle lecteur assidu et assoiffé par le besoin de connaissances et de compréhension du monde social sénégalais tu attends impatiemment de decouvrir : ce sont les confréries.


 

J'avoue que j'avais un peu délaissé ça parce que peut être toujours en revenir à l'Islam, c'est lourd... Enfin, ça c'est important quand même.

Donc, les sénégalais sont musulmans pour la plupart, tous sunnites, donc, jusqu'ici, vous me suivez.

Mais il existe des confréries, aussi appelées « sectes », nous on appellerait pas ça des sectes quand même, ce sont en quelque sorte des « écoles de pensée religieuse », c'est à dire que des marabouts, des « grands marabouts » ont édicté des textes, des pensées, des interprétations de l'islam, ce qui a fondé des descendances. Au final, ces marabouts ont des descendants, directs, de sang ou se réclamant de lui...


 

Les deux principales confréries au Sénégal sont le mouridisme et le tidjanisme. Les mourides se réclament de leur Marabout « local », Cheick Amadou Bamba de Touba. Les mourides sont nombreux et surtout certains sont très bruyants. Le mouride aime à se retrouver sous ma fenetre pour hurler des louanges...

Les tidjanes, eux sont moins bruyants, leur lieu de pèlerinage est à Fes au Maroc...

Touba, qui n'était qu'un village est aujourd'hui la troisième ville du pays, parce que beaucoup de mourides veulent aller vivre là-bas.


 

Ce qui est important c'est de voir le rôle hallucinant des marabouts dans ce pays, en dehors d'ailleurs de toute considérations de confréries.

En fait, ils pèsent de tout leur poids dans les affaires politiques, économiques, religieuses bien sur etc....


 

Il y a les grandes confréries, les petits marabouts, les marabouts « sorciers », les marabouts « voleurs », la dernière catégorie est à mon sens assez développée. Certains osent même dire que si le pays ne se développe pas c'est à cause de l'influence de ces grands marabouts à qui les gens s'en remettent pour décider de leur destin, et aussi pour faire et défaire les jeux politiques.


 

Parmis toutes ces croyances, il y a aussi les formes de « sorcellerie », mélange d'islam et de croyances ancestrales... le tout dosé de manière subtile. Tout le monde porte sur lui le « gri-dri » protecteur.


 

Je vous donne un exemple, pour vous montrer comment c'est présent.

Hier, les élèves de 3ème passaient le brevet, je regardais le journal TV de RTS1, la chaîne publique (propagande du régime Wade assez impressionnante où la présentatrice commence tous les sujets par « Son excellence maître Abdoulaye a décidé... qui se décline en a déclaré, a impulsé, a proclamé, a rencontré, a favorisé, a nommé etc....), donc, je regardais le sujet sur le brevet où « Tout c'est bien déroulé sauf certains retard notés chez les surveillants qui ont retardés quelques épreuves », ah... le temps... je rigolais un peu j'avoue...

Épreuve de Français, dissertation, les élèves avaient au choix un sujet sur le lecture ou bien « Le recours à la magie par les élèves avant les examens. » ... Alors, là, ils m'en ont bouché un coin... et oui, parce que les élèves et leurs familles vont massivement rendre visite aux marabouts afin que ceux ci leur apporte le succès... Il paraît que pour certains ça marche et que certains marabouts ont réellement des pouvoirs assez forts (ce à quoi je crois), mais il y a bien-sûr dans le tas des mecs qui n'ont pas plus de pouvoir divinatoire que moi et qui s'en mettent plein les poches (ce que je crois aussi)... Toujours est-il que le phénomène est tellement important qu'on en fait des sujets d'examens... Ce pays me surprend encore...

 

Paysans de tous pays, unissez vous!!

Publié le 17/07/2009 à 13:07 par fannydanslabrousse
Paysans de tous pays, unissez vous!!

 

Lorsque la première pluie est tombée, il s'est passé un phénomène curieux en ville. Tout d'un coup, tous les paysans de la brousse ont débarqué avec leur charrue sur le porte bagage de leur vélo, ou leur semoir, et se sont rués sur les « soudeurs », profession répandue, afin de faire réparer leurs outils. Tous désirant bien-sûr que leur outil soit réparé sur le champ afin de repartir.

 

La logique est vraiment quelque chose de très culturel. Quand j'ai constaté ça, je me suis dit « mais pourquoi font-ils ça? Cela fait 8 mois que nous sommes en saison sèche, qu'ils ont peu de travail, et que leur charrue attend cassée chez eux. Or, ils savent pertinemment qu'il va falloir la faire réparer. Pourquoi attendent ils? D'autant plus qu'en début de saison sèche, ils ont plus d'argent qu'en période de soudure? » Le paysan se dit certainement qu'il n'a pas besoin d'une charrue réparée avant que la pluie ne soit là puisqu'il ne peut pas labourer... Et il a raison aussi...

 

Du coup, les soudeurs sont débordés et la ville se transforme pendant 15 jours en gigantesque ballet de socs... et certaines rues sont rythmées au son des marteaux et des enclumes!


 

Il vient de pleuvoir... partout dans la brousse,on laboure, on sème. Les ânes et boeufs sont attelés. Y'a pas à dire c'est joli de voir des paysans labourer une plaine verte pomme, parce l'herbe pousse vert pomme ici, c'est trop rigolo!


 

Après, c'est jolie pour la carte postale et pour le côté pittoresque, mais dans les faits, étant donné que les cours des denrées agricoles sont fixés au niveau mondial, sans même parler de primes ou autres subventions de l'agriculture au Nord, on comprend bien que le système est démesurément inégalitaire... Une fois de plus!

Baptême

Publié le 13/07/2009 à 18:33 par fannydanslabrousse
Baptême

 

Dimanche dernier, j'ai été invité à un baptême.

Cérémonie grandiose... Le matin, les hommes sont là, avec le marabou, le mouton et tout ça... L'après-midi, c'est le tour des dames.

J'y suis donc allé toute endimanchée, avec mes collègues. On arrive, il y a peut-être 50 femmes, toutes vêtues de mètres et de mètres de tissu, c'est superbe, les robes sont magnifiques, toutes plus grandioses les unes que les autres.

Les griottes chantent les louanges des hôtes. Puis elles laissent la place à la musique, quelques femmes s'avancent et nous offrent un spectacle superbe.

Le truc incroyable, c'est qu'un baptême coûte un fric fou, comme toutes les cérémonies d'ailleurs, mais les gens préfèrent manger du riz blanc pendant 6 mois mais faire une grande fête, avec des boubous à 100 000 FCFA pièce (150€)... On dit que y'a pas de pognon dans ce pays, c'est surtout que y'en a pas pour tout et qu'il existe un sens des priorités qui parfois m'échappent. Toujours est-il que le spectacle est à la hauteur!

Par contre, j'ai bien cru qu'on allait repartir sans voir le bébé, si finalement je l'ai vu (et il est tout blanc! Hi hi!), trop mignon!

Artisanat

Publié le 09/07/2009 à 17:40 par fannydanslabrousse
Artisanat

 

Depuis que je suis arrivée là, je me découvre une passion pour les ateliers!

 

Il y a beaucoup d'ateliers en ville. Presque tous les artisans travaillent dans le secteur informel. Les ateliers sont souvent des sortes de boutiques construites de recup' qui ornent les trottoirs de la ville. À l'intérieur, ça grouille de monde, des gosses, des clients, le patron etc...

 

Ce que j'aime dans les ateliers, c'est regarder les gens qui fabriquent des choses... Voir l'envers du décor en quelque sorte, voir comment on fait des chaussures, des robes et des fenêtres... Parce que voilà, les ateliers que je fréquente sont les tailleurs et les soudeurs et avant, j'avais un pote cordonnier.


La cordonnerie. Assise là, à regarder les doigts qui pressent la lame du couteau pour découper le cuir. L'odeur de la peau, de la colle, le bruit des poinçons et de la « lime à semelle », seul objet électrique du lieu. Les gestes sont précis, les regards droits, ça rigole beaucoup, on boit le thé... et comme c'est grand ouvert sur la rue, les gens passent, saluent etc... On découpe, on colle, on coud et bientôt, les chaussures prennent forme! « Elles sont bien plus jolies que ce qu'on pouvait imaginer, oh qu'est-ce que c'est beau cette couleur! Et si on faisait les mêmes mais en vert et bleu?? »

 

Les ateliers sont toujours remplis de jeunes, voir de gosses même qui sont en « apprentissage ». C'est vrai, on peut voir ça comme du travail d'enfant, à fortiori non payé, c'est à dire, de l'esclavage, mais bon, peut être aussi parce que j'ai pas très envie que ce soit ça, ces jeunes apprennent le métier chez un artisan installé, un « maître ». Du coup, il y a toujours un gosse en train de faire du thé... résultat impossible de passer vite fait dans un atelier parce que « Attends! Le thé arrive » et comme y'a toujours un thé qui est sur la route...

 

Chez les soudeurs, c'est rigolo, parce que y'a un bruit de fou! Ça donne lieu à des scènes cocasses quand j'essaye d'avoir une discussion un poil sérieuse avec l'un d'entre eux à propos de leur association (oui, en fait, c'est un peu ça mon boulot!), parce qu'entre ceux qui découpent des tôles à la scie électrique, ceux qui façonnent des socs de charrue au marteau et à l'enclume et ceux qui soudent, je vous raconte par le bruit infernal! Enfin, ça donne du charme à ces lieux. Autre truc drôle avec le bruit, c'est le téléphone, des fois c'en est caricatural, j'appelle un soudeur et derrière le bruit de ferraille, on se croirai au coeur des enfers!

 

Et puis enfin, peut-être ce que je préfère, le tailleur. Grand moment le tailleur. Quel luxe de pouvoir se faire faire une robe sur mesure! Enfin, un endroit où tu ne sors pas en te disant « putain, y'a rien de beau! » ou « putain, y'a rien qui me va » ou encore, « ouais, c'est pas mal, mais il va falloir que je fasse un ourlet de 15 cm ». Non, le Sénégal n'est pas le pays de la femme complexée, exit la fringue standardisée qui n'est toujours qu'un à peu près... Non, chez le tailleur, on a le temps... et il retouche ma robe, jusqu'à ce qu'elle soit parfaite pour moi... C'est tellement plus valorisant et finalement respectueux que ce soit la robe qui doit être parfaite pour m'aller que moi qui doit être parfaite pour une robe!! Donc, chez le tailleur, ce qui est génial, c'est qu'il faut arriver avec son tissu. Vous êtes donc aller au marché où vous avez mis deux heures à choisir un tissu... J'avoue que j'y suis allé avec une amie parce que le marchandage de prix, c'est pas du tout mon truc. Donc, tenant le précieux sésame, vous arrivez dans son atelier...

Il te demande ce que tu veux. Oui, une robe... Mais comment? Si tu sais pas, il a des « catalogues » de robes traditionnelles où même la nana qui porte la robe elle est plus grosse que toi! Donc, les manches de celle-ci avec le haut comme ça ... Et trop bien, à chaque fois que tu dis « et ça, c'est possible? » Il te répond toujours OUI! Ça c'est quand même valable pour pleins de trucs ici, c'est à dire que le fait qu'il y ait quand même moins de règles, de lois sur tout, que les individus ont plus de marge de manoeuvre sur le quotidien (hors relations sociales), ça fait que tout est toujours possible, y'a toujours moyen de s'arranger... Oui, c'est le continent de la démerde mais ça vaut pas que pour réparer les 405! Comme on dit ici "Y'a pas de problèmes, y'a que des solutions!!"

 

Ensuite, il te mesure... c'est drôle, parce qu'il se permet des commentaires « hier y'avais deux centimètres de moins, t'a trop mangé! », ou encore, parce que j'y suis allé avec une amie « Ah, Fanny, elle fait 4 cm de plus! », enfin, il te mesure de partout, tu choisis les longueurs de tout...

Il déplie le grand tissu, prend son mètre, fait deux trois traits, et ensuite, dessine à la craie d'un geste hyper assuré la fameuse robe... Impressionnée que je suis! Il découpe clac-clac, et puis, le cliquetis de la machine à pédale, la robe prend forme... Comme y'a deux ou trois machines qui fonctionnent en même temps, ça donne une ambiance assez rigolote et en plus, les vieilles SINGER noires et leurs homologues anglaises du début du siècle donne un côté assez magique... Comme si tout à coup se mêlait l'Afrique au vide grenier du 15 août! Il faut toujours pas perdre de vue que l'atelier est dans la rue, grand ouvert (non, c'est important pour l'ambiance, j'y tiens).

 

Un autre truc génial (ouh là là, beaucoup de trucs géniaux dis donc! Ne croyez pas que je crâne avec mon quotidien que je trouve chouette alors que vous déprimez en sarkozyte, et que vous vous dites, que finalement ça va un peu mieux depuis que c'est l'été! « Ouh la vilaine!!! » ), donc, autre truc qui franchement est trop génial, c'est de voir comment ils brodent à la machine, c'est impressionnant, c'est une sorte de machine à coudre, mais où le fil peut faire des virages, enfin bref, avec une assurance de fou et en continuant à te faire la conversation, il brode des fleurs énormes et magnifiques.. du délire, finalement c'est moi qui décroche de la conversation tellement je suis ébahie!!

 

Que ce soit chez les cordonniers ou chez les tailleurs, et surtout chez les tailleurs, ce qui est drôle, ce sont les clientes! Les clients sont moins rigolos, c'est pour ça que je passe sous silence les soudeurs, mais les clientes alors... Ils savent qu'ils vont réussir à tomber d'accord, mais ils discutent et discutent et discutent encore le prix!!! Et vas-y que je fais semblant de partir, de reprendre mon tissu, que l'autre n'en démord pas etc etc... Hier, je suis tombé sur 6 filles qui voulaient toutes la même tenue pour faire les « demoiselles d'honneur » au mariage de l'une d'entre elles... 6 nanas bien déterminées, face à 1 seul tailleur, je vous jure que je le plaignais... à priori... parce qu'au final, elle se sont alignés sur son prix à lui... Mais au bout de plus de 20 minutes!!!

 

Je crois que j'adore voir tous ces gens travailler, c'est jolie, leurs doigts souples qui parcourent le cuir et les plus beau tissus, les couleurs, l'agitation, la rudesse des mains des soudeurs quand ils te serrent la tienne... les différentes atmosphères, douces, rudes, rigolotes, jeunes, sages... Et l'ouverture, c'est quand même génial de travailler au milieu des autres, plutôt que dans son bureau, seul... Ici, on connaît les gens, on vit avec eux, on a pas de « collègues de travail », on est au travail dans la vie!!

 

Et puis, pour une fois je vais pas vous causer de tout ce qui va pas trop de ce côté là parce qu'à force, ça me fatigue... et ça vous déprime peut être!

Développer nuit gravement à la santé

Publié le 07/07/2009 à 19:48 par fannydanslabrousse

 

Les projets de développement veulent toujours s'adresser à des groupements et non pas à des individuels, ce pour accroître l'efficacité de l'action et pour éviter de se disperser. Ceci semble à priori intéressant car cela permet d'aider à mettre en place des associations et autres groupements. À la base, moi, l'organisation de la société civile, je trouve ça plutôt chouette comme concept.

 

Ceci dit, cela peut être dangereux. En effet, souvent, les projets se basent sur une conception très communautaire de la vie africaine. C'est certes une réalité sociale incontournable, cependant, les gens ont beau vivre en villages, en « communauté », admettons, ce n'est pas pour cela qu'ils ont envie de créer une association ensemble. Je veux dire, que faut pas non plus mythifier cette communauté, le groupe a beau être plus serré, je veux dire que, si on transpose la situation, bon, ben,j'ai beau bien aimer mes voisins, c'est pas forcement pour ça que j'ai envie de faire une association avec eux... Les gens se retrouvent à faire des associations, des groupements d'intérêts économiques, juste pour flatter les bailleurs alors qu'eux n'en ont pas envie.

 

En plus de cela, les organisateurs de « programmes de développement » vont aller chercher des « leaders », ils vont être choisis selon des critères « rationnels », les compétences, (ah!les compétences!! la valorisation des compétences! Les bilans de compétences!!) le fait de savoir lire et écrire, la capacité (ah les capacités! Capacités d'analyse, de gestion organisationnelle ah!!!) de compréhension etc... Sauf que ce « leader » n'a peut être aucune légitimité sociale dans le village, dans le groupe et les autres peuvent refuser d'être guidé par un tel individu pour des raisons de traditions, de hierarchies, de cultures (castes, ethnies, âge etc...) Or, les projets ignorent bien souvent les réalités sociales et culturelles, les traditions, les hiérarchies... Le seul but est de s'adresser à des groupes « organisés »... Organisez vous qu'ils disaient!

 

De la même manière, pour certains acteurs,le regroupement large n'est pas souhaitable. Par exemple, chez les soudeurs, la profession constitue un élément central de l'identité, on peut à priori penser qu'ils seront enclins à la collaboration avec d'autres soudeurs hors de leur champ de connaissance local. Cependant, les boulangers traditionnels n'envisagent pas cette activité comme un pilier de leur identité puisqu'ils mènent d'autres activités (agriculture, commerce etc...).

Du coup, leur regroupement est très difficile... Mais après, les projets légitiment cela par un manque de volonté de se mobiliser... etc...

 

Au final, on peut penser que certains projets ont de tels effets pervers qu'il auraient mieux fait de ne jamais voir le jour... Ces effets pervers sont de l'ordre de la déstabilisation de l'ordre social, de la perte de repères identitaires etc...


Toujours et encore le même dilemme de cette société constamment prise entre la modernité et la tradition, les deux tentant de s'harmoniser sans grands succès... Le choc est même rude et violent.

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